Halte aux Marées Vertes

Ulva Armoricana on 23/04/2018 07:49

La défense de l'environnement est la défense de l'intérêt général 

 

Quand  des  délits  sont  commis  contre  l'environnement,  qui  est  notre  bien  commun,  leurs auteurs, personnes ou groupes constitués, se posent immanquablement comme des victimes et  jamais  n'assument  leur  rôle  de  coupables.  C'est  le  cas  pour  les  marées  vertes,  les pesticides,  les  extractions  de  sable  et  les  particuliers  qui  construisent  en  zones  nonconstructibles et plus précisément au bord du littoral. Tout, sauf assumer ses fautes. Car, c'est incontestablement  une  faute,  par  ses  modes  de  cultures,  de  favoriser  les  marées  vertes toxiques et d'altérer la qualité de l'eau; une faute, par des extractions de sable, d'attenter à la biodiversité marine; une faute, par des substances chimiques, de commettre des dommages irréparables à la biodiversité terrestre et de menacer la santé humaine  ; une faute, par des constructions en bord de mer, de dégrader des paysages naturels dont la beauté est reconnue par tous, y compris par ceux qui construisent là pour cette raison.


Chaque  fois  que  l'environnement  est  agressé,  c'est  chacun  d'entre  nous  que  l'on  agresse. C'est chacune et chacun d'entre nous qui sommes victimes. La défense de l'environnement est la défense de l'interêt général.


C'est  ce  qui  fait  aujourd'hui,  hélas !  son  malheur.  Les  agresseurs  se  font  passer  pour  des victimes et ceux qui attaquent leurs méfaits pour leurs bourreaux. Et ça marche trop souvent. Combien  de  victimes  objectives  de  ces  délits  accourrent  pour  sauvegarder  les  intérêts particuliers de ceux qui les commettent et violent ainsi l'intérêt général ? Et par effet inverse, les mêmes  dirigent  leurs  reproches  contre  celles  et  ceux  qui  défendent  cet  intérêt général dont ils sont pourtant les premiers bénéfciaires ! Quel intérêt a un citoyen, qui ne possède aucun bien en bord de mer et qui n'aura jamais les moyens d'en possèder un, à signer une pétition pour sauver une maison dont les tribunaux ont ordonné la démolition  et qui a été construite en en connaissant tous les risques ? Il se prive ainsi d'une vue sur la mer à cet endroit, et surtout il veut priver tous les autres au seul bénéfce de ceux qui se la réserventpour eux seuls !


C'est pourtant, peut-être, le même citoyen ou la même citoyenne, qui aura manifesté contre une extraction de sable au large de cette maison, refusant de défendre les intérêts particuliers de la société extractrice, pour préserver l'intérêt général au travers de la sauvegarde de la biodiversité marine. Comment rendre compte de cette incohérence ? Tout simplement, parce que, dans le premier cas, ce citoyen ou cette citoyenne se sera identifé, émotionnellement, complètement à tort, à la situation de ceux à qui on ordonne légalement cette démolition. Cette émotion efface tout le reste et en particulier tout sens critique. Les auteurs de ces actes délictueux  en  jouent  abondamment.  Et  comme,  même  à  leurs  propres  yeux,  il  est  plus glorieux de se faire victimes expiatoires plutôt que responsables de ses actes inconsidérés, quoi  de  tel  que  de  broder  un  récit  où  se  mêlent  complots  contre  leurs  personnes  et calomnies  à  l'égard  de  celles  et  ceux  qui  ne  demandent  que  l'application  de  la  loi  et  le respect de l'intérêt général, ici, ailleurs, aujourd'hui, demain.


Mais ce citoyen ou cette citoyenne n'aurait jamais été dupé sans la faute grave de tous ceux qui  ont  en  charge  la  défense  de  l'intérêt  général,  les  élus  et  les  préfets.  Plusieurs  fois condamnés pour faute par les tribunaux, ils récidivent dangereusement dans la violation de la  loi  et  de  l'intérêt  général.  Qu'il  s'agisse  de  marées  vertes,  d'extractions  de  sable,  de pesticides,  de  constructions  en  bord  de  mer,  ils  soutiennent  trop  souvent  les  intérêts particuliers  de  ceux  qui  les  élisent.  Ainsi,  en  échange  d'un  permis  de  construire  accordé alors qu'il le sait manifestement illégal, un maire ménage son potentiel électoral pour être réélu,  et  laisse  le  « sale  boulot »,  la  tâche  ingrate  de  défendre  la  loi  et  l'intérêt  général  à d'autres.  Et  il  n'a  d'autres  moyens  pour  masquer  sa  forfaiture,  que  de  stigmatiser  les associations qui s'adressent aux tribunaux pour qu'ils suppléent par leurs ordonnances à la faillite de son action.


Ainsi va la politique aujourd'hui, ainsi va l'intérêt général... Comme quoi, derrière tout un débat  sur  l'avenir  d'une  construction  illégale,  se  cachent  des  enjeux  insoupçonnés  qui révèlent  tout  un  fonctionnement  de  nos  institutions,  d'abord  au  service  d'intérêts  privés. Faut-il s'étonner alors que la lutte contre le réchauffement climatique marque le pas, parce qu'elle passe bien après les complaisances à l'égard de lobbies fortement émetteurs de gaz à effets  de  serres ?  Et  il  faudra  plus  qu'une  maison  en  bois  à  Plestin-les-Grèves,  construite illégalement  en  bord  de  mer,  pour  faire  baisser  la  température  du  globe.  Mais  comme aucune action, si minime fut-elle,  n'est à  négliger dans ce combat qui  engage  l'avenir  de l'humanité toute entière, il eût mieux fallu encore qu'elle ne fût jamais construite.


Yves-Marie Le Lay, président de Sauvegarde du Trégor

1 commentaire

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Fustier Claude le 23/04/2018 - 15:26

La richesse financière ne fera jamais bon ménage avec la richesse humaniste. Le double voire le triple langage joue de la sagacité des citoyens. Il serait utile de supprimer le droit de propriété du foncier qui en toute logique, comme l'eau que nous buvons et l'air que nous respirons (avec tous les produits en dispersion), appartiennent à la collectivité humaine et animale.